Institut Charles Perrault. Les origines de l'album (colloque). 1. Robert DELPIRE

Publié le par caroline Barraud

Robert
DELPIRE
   
 

Voué à des études de médecine, il s’est vu proposer de travailler pour Neuf, la revue de la Maison de la médecine. Sa jeunesse, son enthousiasme ayant favorisé les contacts, aussi bien avec les auteurs, les photographes qu’avec les financiers, cette revue devient une revue de luxe pour les médecins.

Dès le numéro 3, la médecine ne sera plus présente dans la revue dont la ligne sera essentiellement artistique : elle deviendra une revue d’avant-garde financée par les laboratoires pharmaceutiques, dont les publicités seront illustrées par des photographes et graphistes de la future écurie Delpire. Pour les textes, il fera appel à de nombreux écrivains (Breton, Sartre, Cocteau, Michaux, Ragon). A partir du n° 4, un tirage supplémentaire est fait pour le grand public, ces exemplaires deviendront des livres : Robert Delpire entre alors en édition. Il sera le premier à mettre des dessins humoristiques dans une revue artistique (Chaval, André François par exemple) ; il fera tout pour que les photographes soient reconnus comme des auteurs (longtemps les photos n’étaient pas créditées). C’est avec le n° 9 que Robert Delpire a l’idée de publier Les larmes de crocodile, livre offert en cadeau aux enfants des lecteurs.

 Son passage au monde du livre s’est ensuite fait au contact des imprimeurs et des graphistes qu’il côtoyait et auprès desquels il apprenait le goût du beau et du travail bien fait. Des soutiens déterminants (d’abord celui d’Achille Weber (distributeur des livres d’art Skira) et plus tard de Jack Lang (qui le nommera au Centre national de la photographie en 1982)) lui ont donné des ailes pour devenir un éditeur enthousiaste dont les choix ont souvent été motivés par des coups de cœur, des découvertes et des rencontres.
En 1953, il crée sa maison d’édition. De 1955 à 1969 il éditera des livres pour enfants. En 1958, il crée son agence de publicité et en 1963 sa galerie de photographie. Il fera également de la production cinématographique, sera concepteur d’expositions et aura des activités auprès d’organismes institutionnels. C’est cette diversité d’activités qui influencera sa production éditoriale en jeunesse.

Les trois périodes marquantes de la production de livres de Delpire selon Cécile Boulaire:
En 1955, avec la collection « Dix sur dix » et l’audace de la publication des Larmes de crocodile. Puis 6 titres paraissent: Le Chat botté, Les Musiciens de Brême, La Coquinaille, L’Anniversaire, Pitchi illustrés par Hans Fischer et Les Tambours illustré par Reiner Zimnik ; des livres avec des mises en pages où les jeux graphiques se font entre vide et plein, texte et couleurs.
 De 1963 et 1964 : Un soir sans lune (ill. Noëlle Lavaivre ; Tom et Tabby (ill. André François) et Houpi (ill. Jacqueline Duhême).
Et, de 1967 à 1969 deux nouveaux concepts de collections apparaissent : « Actibom » et « Multibom », avec 10 titres qui s’adressent à l’enfant artiste en lui proposant des images coloriables. Robert Delpire s’est entouré de compétences spécifiques (Claude Moliterni pour Cow Boy et Albert Ducrocq pour Cosmonautes par exemple) pour que ces livres soient des collectives et pas l’œuvre d’une seule personne. L’éditeur est le maître d’œuvre d’une chaîne d’artistes et d’artisans.

La maison Delpire a connue une seconde vie à partir de 1976 Robert Delpire, reprend la publication d’album photographique. Directeur du Centre national de la photographie de 1982 à 1996, Robert Delpire développe la collection Photo Poche : une soixantaine de monographies des plus grands photographes contemporains paraîtront.

Robert Delpire travaille régulièrement pour les musées en France et à l'étranger (Aux Arts Décoratifs : Henri Cartier-Bresson en 1955 et 1965, Lartigue en 1975 ; au Grand Palais en 1976 : l'Egypte au temps de Flaubert ; à Beaubourg en 1977 : Marey ; au Musée d'Art Moderne en 1979 : Henri Cartier-Bresson).
En 1980, en collaboration avec l'International Center of Photography de New York, il organise la grande rétrospective d'Henri Cartier-Bresson présente durant plusieurs années dans les principaux musées du monde entier.

En juillet 1982, Jack Lang, Ministre de la Culture le place à la tête du Centre National de la Photographie. Il y crée et publie "Photo Poche", la première collection de livres de poche consacrés à la photographie, réalise des émissions de télévision (Une minute pour une image, Contacts), des films ("Les années-déclics" de Raymond Depardon). Il répond par son travail à la vocation du Centre National de la Photographie : l'aide à la création et la diffusion de la photographie.
En 1996, il démissionne et signe un accord de coproduction et de distribution avec les éditions Nathan qui rachètent Photo Poche. Devenue la collection de livres photographiques la plus vendue dans le monde, Robert Delpire en conserve la direction.

Directeur artistique de la galerie Fait & Cause spécialisée dans les sujets sociaux (Jacob Riis, Atwood, Doisneau entre autres), il organise et met en forme des expositions pour les grands musées (Sao Paulo, Palais des expositions à Rome, Musées d'Helsinki, du Luxembourg à Paris où "La terre vue du ciel" remporte un succès sans précédent dans l'histoire de la photographie).

A noter: Une grande rétrospective en hommage à Robert Delpire sera présentée aux Rencontres photographiques d’Arles et à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris en 2009.

Sources : Catherine Thouvenin. Compte rendu du colloque organisé par Cécile Boulaire (Université François-Rabelais, Tours) et Annie Renonciat (Université Paris 7 / INRP Rouen) le samedi 15 mars 2008 à l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA) à Paris.

   
 
30 ans d’albums : une aventure et plusieurs révolutions / François Vié.- In : La Revue des livres pour enfants, n° 98-99, septembre 1984. P.42-47

Pourquoi les livres d'images ont cessé d'être sages / Claude-Anne Parmégiani.- In : La revue des livres pour enfants, n°163-164, juin 1995.

Robert Delpire quitte le Centre national de la photograhie / A.D.B. – In : Libération, 17 janvier 1996.

Robert Delpire : la manière et la matière / par Véronique Vienne. - In: Etapes, n°132, mai 2006.
( Article sur son rôle en tant qu’éditeur de photographies. )

 

André Delpire, directeur de galerie, éditeur d'art et publiciste, est le type même du novateur,
« un créateur polytechnique » dira de lui Claude Roy. Si Delpire est bien à l'origine du livre d'images contemporain c'est parce qu'il n'accepte pas d'être seulement un éditeur pour enfants mais un éditeur dont les exigences de qualité, l'esprit de rigueur demeurent identiques quel que soit le destinataire.
Convaincu que les structures anthropologiques de l'imaginaire enfantin et adulte sont identiques, Delpire refuse une distinction qu'il considère à juste titre comme une entrave à la création ; il crée donc des livres où l'image occupe une place spatialement et sémantiquement primordiale.
Le bouleversement apporté par Delpire consiste à introduire un « sens plastique » dont la valeur expressive ne se limite pas à l'illustration mais s'applique aussi à la mise en pages et s'étend à l'objet-livre. Cette conception entraîne, entre autres, une révolution esthétique qui explique le goût actuel pour une image picturale.

Pourquoi les livres d'images ont cessé d'être sages / Claude-Anne Parmégiani.- In : La revue des livres pour enfants, n°163-164, juin 1995.

 

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