BD. Alack Sinner et Loisel.

Publié le par caroline Barraud

Exceptions. mais lesquelles!
Deux grands évènements de la BD en cette fin d'année, dont l'incontournable privé Alack Sinner.
Du très grand polar, majestueusement tracé par Munoz.
José Muñoz


José Muñoz est né en 1942 à Buenos Aires. Il n’a que douze ans quand il suit des cours de sculpture, peinture et marionnettes dans l’atelier d’Huberto Cerantonio et pratique avec lui le théâtre de marionnettes dans les faubourgs de Buenos Aires. Parallèlement, il fréquente les cours d’Alberto Breccia à l’École panaméricaine d’Art. Muñoz devient dès l’âge de 15 ans l’assistant de Solano-Lopez. Il est alors fortement influencé par Pratt qu’il rencontre en 1959 et qui l’engage en 1963 pour dessiner Precinto 56 dans Mistirix. Precinto 56, détective à New York qui préfigure Alack Sinner est influencé par le roman noir et le cinéma américains. Il quitte l’Argentine en 1972. C’est en Espagne qu’il rencontre Carlos Sampayo, Argentin comme lui, féru de poésie et de littérature. Le désir de collaborer fut instantané. Il s’établit entre les deux hommes une grande et amicale complicité : Alack Sinner, 1975 (Milano Libri) et 1976 (Éd. du Square) ; Le bar à Joe, 1981 (Casterman) ; Flic ou privé, 1983 (Casterman) ; Rencontres, 1984 (Casterman) ; Viet Blues, 1986 (Casterman) ; Histoire amicale du bar à Joe, 1987 (Casterman) ; Nicaragua, 1988 (Casterman) ; Billie Holiday, 1991 (Casterman). En collaboration avec Jerome Charyn, il publie en 1997, toujours chez Casterman, Le croc du serpent.


Je suis ravie de cette intégrale, découvrez la.
De suite, le commentaire de Rue 89.

Le retour de Loisel et la réédition Muñoz: souvenirs, souvenirs

Pendant que les hommes du Président jettent de l’huile sur le feu des cités abandonnées à leur sort, deux albums de BD radicalement différents viennent me rappeler la fin des années 70 et le début des années 80. "La Quête de l’oiseau du temps", chez Dargaud, et "Alack Sinner", chez Casterman, pour lequel Muñoz a reçu le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2007.

D’abord, honneur à New York et à Muñoz et Sampayo. Casterman publie le premier tome de l’intégrale d’Alack Sinner. N’ayons pas peur des mots: un chef-d’oeuvre scénaristique et graphique. Tout à commencé pour Alack Sinner à la grande époque de Charlie Mensuel, une mine de dessinateurs et d’auteurs, dont Wolinski était le réd' chef.

Muñoz et Sampayo y ont commencé les aventures, ou plutôt les mésaventures de cet ex-flic devenu privé. Sans doute juste un prétexte (mais quel prétexte!) pour montrer l’envers de tous les décors, des taudis jusqu’aux hautes tours de Manhattan, tous les peuples de cette ville qui était alors, et depuis des années, comme un concentré de la terre.

Je me souviens parfaitement du choc ressenti à la lecture de ces premières enquêtes. Je venais de reprendre la traduction de quelques bandes américaines, dans ce même Charlie Mensuel, suite au départ prématuré d’un grand ami pour les chasses éternelles. Une sorte d’héritage, qui comprenait aussi une paire de bottes texanes. Passons... C’est pas un blog où l’on s’étend. Quoique...

Des histoires de New York qui m'ont profondément marqué

Dominique Grange traduisait alors Muñoz et Sampayo et plein d’autres choses aussi, avant de créer BD, dans cette maison de fous sympathiques qu’était la rue des Trois-Portes du professeur Choron. Le choc des images et des histoires de ce New York que je connaissais et dont je devais tirer quelques années plus tard mon premier livre, "Le Bronx".

Ensuite, les autres histoires d’Alack Sinner ont été publiées dans la défunte revue (A Suivre) et c’était autant de bonheur, si l’on peut parler de bonheur dans cet univers de polar noir, mais avec une dimension si particulière et un "héros" si empreint de doute.

Au son d’airs de jazz et de salsa, Muñoz et Sampayo vous font plonger dans les arrière-cours de cette ville immense, avec toutes ses implications sociologiques, politiques et tout simplement humaines. On applaudit les exilés d’Argentine, s’il vous plaît, pour l’acuité de leur regard sur le monde. Et l’on remercie Dominique Grange pour sa superbe traduction.

Mille furies! La Quête de l'oiseau du temps, acte II

Histoire de rêver un peu après les rues de Harlem, de Manhattan et du Bronx qui sont un peu le cauchemar que l’on nous destine, de retrouver des personnages totalement imaginaires et dans un tout ordre d’idées, "La Quête de l’oiseau du temps", tome 2 de la nouvelle série, intitulé: "Le Grimoire des dieux".

N’allez pas croire qu’il n’y a aucun lien entre ces deux livres. Eh oui, ce sont des Livres, avec un grand L, même si certains s’obstinent à appeler ces oeuvres des BD. Les BD sont des livres, et certains auteurs de livres aimeraient avoir autant de succès que certaines BD. Le rapport entre "Alack Sinner" et "La Quête de l’oiseau du temps" tient à une simple concordance de temps: ces années étincelantes qui ont vu leur parution.

Les premiers albums de Le Tendre et Loisel sont sortis en 1983. Les éditions Dargaud publient ce vendredi la suite du second cycle de la "Quête"... Oyez oyez, mille furies! Dans les échoppes des libraires le 30 novembre 2007 vous allez voir se poursuivre les extraordinaires aventures concoctées par Le Tendre, Loisel et Aouamri, le successeur de Lidwine au dessin.

Ces aventures, j’aimerais le rappeler, étaient l’une des premières irruptions dans la BD de ce qu’on a appelé l’heroïc fantasy en littérature. Et après en BD. A l’époque, personne ne racontait des choses aussi folles et qui faisaient autant rêver. Avec des personnages si incroyables et autant d’invention et d’humour. Quand on y repense, on se dit que ces précurseurs ont lancé un genre qui a, depuis, envahi les librairies.

Vingt ans après, ils reviennent avec ce nouveau cycle. Un pur bonheur pour le plus grand plaisir des mômes que nous étions, que nous sommes sans doute encore, et que nous resterons. Jusqu’à la mort peut-être, sur un trottoir du New York de Muñoz et Sampayo, après avoir bu un dernier coup avec "Alack Sinner".

Alack Sinner, l'intégrale, tome 1: l'âge de l'innoncence de Muñoz et Sampayo - éd. Casterman - 19,95€.
La Quête de l'oiseau du temps, Avant la quête: Le Grimoire des dieux de Loisel et Le Tendre - éd. Dargaud - 13€.

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